Près d'un millier de manifestants à Ottawa contre le projet de TGV
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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Près d'un millier de manifestants ont crié, mercredi, sur la colline parlementaire, à Ottawa, leur opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) dans le corridor reliant Québec à Toronto.
«C'est inacceptable. Je fais comment pour traverser le chemin de fer pour aller sur mon terrain? Le terrain devient abandonné», a dit à La Presse Canadienne l'un d'eux, Mario Asselin, un agriculteur de Saint-Justine-de-Newton, à l'ouest de Montréal.
Une autre manifestante, Claudine Bélisle, une résidente de Mirabel, sur la Rive-Nord de Montréal, a dit croire que le gouvernement traite les opposants comme «un comité étudiant» à qui l'on dit être à l'écoute malgré qu'«en haut» la décision est déjà prise.
Et alors que les manifestants arrivaient bruyamment par centaines, son député, le bloquiste Jean-Denis Garon, déclarait que «les conditions sont réunies» pour que se reproduisent aujourd'hui des expropriations cavalières et des déplacements massifs, comme à la fin des années 1960, pour la construction de l'aéroport de Mirabel.
«Ils envoient un message à tout le Québec, à tout le reste du Canada touché par ce projet-là pour leur dire que ce qui leur est arrivé peut arriver à n'importe qui», a-t-il tonné en entrevue.
Or, plus tôt en matinée, le ministre des Transports, Steven MacKinnon, assurait être réceptif aux agriculteurs opposés au projet de TGV.
«Je (leur) dis qu'on a agi et on va continuer d'agir avec une très grande sensibilité et un très grand respect pour le monde agricole, que nous allons continuer de consulter jusqu'à ce qu'on soit capable d'annoncer le tracé précis, a-t-il affirmé. Nous allons être à l'écoute des milieux, dont le monde agricole.»
M. Garon a rétorqué que le ministre est «insensible». «Je lui ai dit ‘’Venez avec moi en voiture, on va aller rencontrer des gens. Ces gens-là ont des choses à vous dire’’ et sa réponse a été ‘’Je ne suis pas obligé d'y aller avec toi’’.»
Dans un discours, le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, a jugé que c'est un mauvais projet qui est sur la table. «Il faut continuer ce combat-là, a-t-il envoyé. Ensemble, on va protéger les futures générations et on va protéger nos terres agricoles.»
Le président du syndicat local de l'UPA Sainte-Scholastique-Mirabel, Christian Couvrette, a jugé que le passage d'un train «sabotera nos terres, nos villages, et transformera à jamais l'image de notre territoire en imposant des barrages, des détours de plusieurs kilomètres au monde agricole, aux citoyens, de même qu'aux services publics comme les policiers, les pompiers, les ambulanciers».
Le chef conservateur Pierre Poilievre s'est aussi fièrement affiché aux côtés des manifestants, leur livrant un discours. Quelques heures plus tôt, il avait rappelé aux journalistes qu'il voit le projet de TGV comme «un éléphant blanc» de gaspillage de fonds.
«Au lieu de gaspiller l'argent et de payer des consultants libéraux, des lobbyistes libéraux, des avocats libéraux, on devrait mettre de l'argent dans les poches des Canadiens qui ont de la misère à payer leurs factures», avait-il lancé dans le foyer de la Chambre des communes.
Le projet de TGV, piloté par la société d'État Alto, doit relier Toronto à Québec, avec plusieurs arrêts dans des villes ontariennes et québécoises. La construction du premier segment, entre Montréal et Ottawa, doit commencer en 2029 ou 2030.
À l’heure actuelle, Alto évalue que le projet coûtera entre 60 et 90 milliards $, mais certains experts jugent que cette prévision est irréaliste.
Le Bloc a avancé que la facture pourrait, en fin de compte, s'élever à 200 milliards $, propos repris par le Parti québécois, à Québec, pour annoncer, mardi, son opposition au projet.
Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, en tête des intentions de vote provinciales, promet, s'il forme le prochain gouvernement dans la province, que le Québec se retirera du projet. Il entend, s'il devient premier ministre, tenter de récupérer des mains du fédéral la part d'investissements qui reviendrait au Québec, et qu'il évalue à 40 milliards $, pour l'injecter dans des infrastructures jugées vétustes.
Le président et directeur général d’Alto, Martin Imbleau, a dit mardi à La Presse Canadienne qu’il n’avait pas l’intention de commenter ni la scène politique fédérale, ni provinciale, ni municipale.
Il a fait valoir qu’un TGV est «profitable en opération», «contrairement à une autoroute ou un pont», ajoutant qu’Alto a une approche de «bonne gouvernance de projets».
«Si on ne fait pas un TGV, on va devoir investir des dizaines de milliards dans des autoroutes partout au Québec et en Ontario – la 401, la 417, la 20, la 15, la 30, la 40 – et avec des déficits d'entretien qui viennent avec ça», a-t-il soutenu en marge de sa participation à la Conférence de Montréal.
- Avec des informations de Chris Reynolds, à Montréal
Michel Saba et Émilie Bergeron, La Presse Canadienne