Québec: oui aux centres de données, mais ils devront payer leur électricité plus cher

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le gouvernement Legault a ouvert la porte en douce à une croissance des centres de données dans la province, mais ceux-ci devront payer leur électricité plus cher que les autres clients industriels.
Deux décrets publiés le 28 janvier dans la Gazette officielle du Québec et passés sous le radar, demandent à la Régie de l’énergie de créer deux nouvelles catégories de consommateurs d’électricité, l’une regroupant les centres de données, l’autre les chaînes de blocs destinées à la cryptomonnaie.
Dans le cas des centres de données, Québec demande à la Régie d’instaurer un tarif qui «reflète le coût des nouveaux approvisionnements, plutôt que le coût moyen des approvisionnements». En d’autres termes, un tarif basé sur le coût des nouveaux approvisionnements plutôt que sur le coût moyen de production actuel permettrait à Hydro-Québec de récupérer en partie les investissements massifs qui sont prévus pour accroître sa production d’électricité.
Souveraineté numérique
Le premier ministre François Legault ne cache pas son intérêt pour le développement de centres de données, même si ceux-ci sont très énergivores et même si Hydro-Québec ne baigne plus dans les surplus. Son objectif est de développer la souveraineté numérique du Québec dans un contexte où il est devenu plus hasardeux de confier la gestion des données des Québécois à des entreprises américaines. M. Legault ne ferme pas pour autant la porte à l’arrivée de nouveaux centres de données des géants américains tels que Google, surtout si ces firmes viennent gonfler les coffres de l’État à des tarifs plus élevés.
M. Legault avait fait valoir lors de la présentation de la stratégie économique de son gouvernement, l’automne dernier, que l’expertise québécoise en matière d’intelligence artificielle (IA), une activité extrêmement énergivore, devrait s’appuyer sur des centres de données locaux. Le premier ministre s’est également inquiété du contrôle extérieur des données des citoyens du Québec, particulièrement dans un contexte de numérisation des services gouvernementaux.
L’intérêt des entreprises de centres de données pour l’énergie verte du Québec est bien connu et François Legault soutient que celles-ci sont prêtes à y mettre le prix. Le tarif industriel, ou tarif L, se situe présentement à 3,7 cents du kilowatt/heure (kWh), mais des hypothèses allant jusqu’à 15 cents du kWh ont été évoquées pour les centres de données. Le décret ne donne aucune indication sur le tarif qui serait demandé aux centres de données.
Forte croissance attendue
Ce décret prévoit également la création d’un «mécanisme favorisant la cohérence entre la demande et les besoins réels en puissance» pour permettre à Hydro-Québec d’utiliser de manière optimale sa puissance disponible et «d’éviter ou de reporter d’importants investissements sur le réseau de transport et de distribution d’électricité».
En novembre dernier, Radio-Canada révélait qu’Hydro-Québec, qui prévoyait devoir fournir 664 mégawatts d’électricité d’ici dix ans aux centres de données, avait accru cette prévision de 66 %, à 1102 mégawatts par année d’ici 2035, après l’annonce de M. Legault.
L’octroi d’importants blocs d’électricité a été critiqué par de nombreux acteurs du milieu des affaires, particulièrement dans le secteur industriel où les entreprises ont du mal à obtenir des blocs d’électricité pour lancer ou agrandir leurs entreprises.
Les centres de données ne créent pas beaucoup d’emplois, mais ils s’avèrent incontournables dans la nouvelle économie numérique.
Décourager le minage de cryptomonnaies
Il en va tout autrement dans le cas des cryptomonnaies: l’autre décret indique à mots couverts que l’on entend demander un tarif encore plus élevé pour cette activité, l’objectif étant clairement de la décourager. On y affirme que «l’usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs à des fins de minage de cryptomonnaie a un caractère stratégique et des retombées économiques inférieurs à ceux des centres de données».
Bien que les deux décrets prévoient des dispositions «afin de favoriser une transition harmonieuse vers le nouveau tarif pour les clients actuels du distributeur d’électricité qui seront assujettis à ce nouveau tarif», il restera à voir si les centres de minage de cryptomonnaies seront intéressés à encaisser une hausse encore plus marquée que celle des centres de données pour poursuivre leurs activités.
Pas encore de demande à la Régie
Dans un courriel à La Presse Canadienne, la Régie de l’énergie précise de son côté qu’Hydro-Québec «n’a pas demandé de fixation de tarifs particuliers pour les centres de données ou pour l’usage cryptographique appliqué aux chaînes de bloc», lors de la révision tarifaire 2026-2027-2028.
Il faudra voir à quelle vitesse le dossier pourra cheminer puisque cette demande de révision tarifaire a été présentée en juillet 2025. Quatre documents portant sur les modifications des tarifs à venir ont été déposés après le 28 janvier, date des décrets par la société d’État à la Régie dans le cadre de sa demande de révision tarifaire, mais aucun de ceux-ci n’aborde la question des centres de données ou des chaînes de blocs dédiées aux cryptomonnaies.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne