Nous joindre
National

Québec solidaire se dit prêt à assumer la garde partagée de la balance du pouvoir

Québec solidaire se dit prêt à assumer la garde partagée de la balance du pouvoir
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Québec solidaire se penche sur la possibilité de demander un recomptage judiciaire dans la circonscription de Saint-Henri - Sainte-Anne où son candidat, Guillaume Cliche-Rivard, a été défait par seulement 39 voix par le libéral Benoit Clermont. «On est en train d'évaluer toutes les possibilités pour demander un recomptage parce que les gens de Sainte-Henri - Sainte Anne ont droit d'avoir l'heure juste sur le résultat de l'élection», a déclaré la porte-parole solidaire, Ruba Ghazal, mardi au lendemain de l’élection.

La formation de gauche a vu son nombre de sièges passer de 12, en 2022, à neuf, lundi, mais pour Mme Ghazal, cela n’a guère d’importance en soi, même si elle insiste sur la qualité de la candidature de M. Cliche-Rivard. «Qu'on soit neuf ou qu’on soit dix, on va continuer à aller chercher des gains.»

Le résultat n'est d'ailleurs pas du tout décevant pour Québec solidaire qui a réussi, dit-elle, à conserver le poids de la gauche dans un contexte où l'on prédisait presque sa disparition.

Garde partagée

De toute façon, dit-elle, Québec solidaire dispose, tout comme le Parti conservateur d’Éric Duhaime, de la balance du pouvoir. «Avec notre système électoral, c'est une balance du pouvoir en garde partagée, avec les différents partis d'opposition. Donc nous, on va avoir une partie de la balance du pouvoir. C'est ce que les Québécois ont décidé, c'est ce qu'ils veulent. Ils veulent qu'on travaille ensemble pour faire avancer des choses, puis on va être là pour le faire», a-t-elle déclaré.

Elle est bien consciente cependant que le gouvernement du Parti québécois, même minoritaire, aura le beau jeu de choisir entre le soutien des députés solidaires et celui des conservateurs selon qu’il avancera des politiques de gauche ou de droite. «Toutes les fois où le nouveau gouvernement va aller du côté des conservateurs et être influencé par plus de coupes et d'austérité qui vont faire mal aux Québécois et Québécoises, bien, il va trouver Québec solidaire sur son chemin», a dit Mme Ghazal.

Les forces de gauche, dit-elle, seront bien présentes à l’Assemblée nationale. «Québec solidaire, ce matin, est indispensable à l'Assemblée nationale pour porter cette voie des progressistes, des gens qui ne veulent pas couper, qui ne veulent pas de l'austérité dans nos services publics, qui va faire mal aux gens.»

Souveraineté: rallier la population

Quant à la question de la souveraineté, Mme Ghazal réaffirme que Québec solidaire sera dans le camp du «oui» advenant un éventuel référendum, mais elle a quand même refusé de s’avancer sur la position qu’adoptera sa formation si le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon veut se lancer dans une aventure référendaire qui s’annoncerait perdante. Il sera essentiel, selon elle, d’aller d’abord construire l’appui de la population. «Pour faire le pays, pour faire ce projet de pays-là, on ne peut pas le faire juste tout seul. Moi je suis convaincue, Sol (Zanetti) est convaincu. M. St-Pierre Plamondon est convaincu, mais quand même qu'on se retrouve tous les trois autour d'une bière à faire le pays, on ne pourra pas avancer tout seul. Il faut rallier le peuple, il faut rallier la population. C'est ce à quoi on aspire, de rallier la majorité.»

Elle écarte également l’idée de placer l’indépendance au sommet de ses priorités parce qu’il y a urgence ailleurs, rappelle-t-elle. «Pour nous, il n'y a pas de hiérarchie. Le projet de pays est important, mais il faut aussi répondre à l’insécurité économique.»

«Les gens qui souffrent de cette insécurité économique, parce qu'il y a une crise du logement, avoir des augmentations de 80 dollars par mois, il y a des gens qui travaillent à temps plein, ils ne sont plus capables. Ils ne sont pas capables! C'est de ça que me parlent les gens à tous les jours. Quand ils vont faire l'épicerie, puis ils ont l'impression de ne pas pouvoir manger ce qu'ils veulent, des étudiants, un étudiant sur trois, qui souffre d'insécurité alimentaire. Les besoins de base au Québec, des Québécois et Québécoises qui dorment dans la rue, c'est inacceptable. Moi, je refuse ça. Il existe des solutions.»

Rempart contre la droite à Québec

À ses côtés, le co-porte-parole Sol Zanetti, réélu à Québec dans la circonscription de Jean-Lesage, a fait valoir que lui et son collègue Étienne Grandmont – réélu dans celle de Taschereau – allaient servir de rempart contre les conservateurs d’Éric Duhaime, qui ont fait main basse sur presque toute la grande région de la Capitale-Nationale. Il avait aussi un message pour le maire de Québec, Bruno Marchand: «Étienne et moi, on va être la voix des gens qui ne se retrouvent pas dans les idées conservatrices de Portneuf à la Côte-de-Beaupré. Et on va être cette voie à l'Assemblée nationale aussi pour défendre les intérêts de la ville de Québec, puis aller épauler les projets de mobilité durable du maire de Québec pour le tramway. On va être des alliés indéfectibles comme on l'a toujours été. Et voilà, donc les conservateurs, ils ne bloqueront pas ce projet.»

Les deux leaders solidaires ont fait part de leur intention d’appuyer une éventuelle réforme du mode de scrutin, dont on a pu constater les distorsions dans un contexte à cinq partis. Sol Zanetti a rappelé que la CAQ l’avait promis et se mord les doigts de ne pas l’avoir fait. «Il y a une majorité de députés qui ont été élus avec un engagement de réformer le mode de scrutin. C'est une conjoncture historique. Elle est arrivée en 2018 et on voit que la CAQ a trahi sa promesse et elle le paye très cher aujourd'hui, c'est le moins qu'on puisse dire. Et là, il y a une opportunité de le faire et on peut le faire, on peut y arriver. Et ça, ce serait un grand pas en avant pour la démocratie québécoise.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne