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Rage du raton: la santé publique s'inquiète de la poussée en Montérégie et en Estrie

durée 13h40
18 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

LONGUEUIL — La rage du raton laveur connaît une progression inquiétante en Montérégie et en Estrie, au point où les directions de santé publique des deux régions ont tenu à faire le point, jeudi, et à émettre des consignes de prudence pour les citoyens.

Le dernier épisode de rage du raton au Québec est survenu durant la période 2006-2009. À titre de comparaison, on avait dénombré 104 cas confirmés sur la période de trois ans. Cette fois, on a identifié un premier cas en 2024, 93 cas en 2025 et 76 cas en 2026 – dont 55 en Montérégie – alors que nous ne sommes qu’à mi-chemin de l’année, pour un total de 170 cas confirmés depuis l’apparition d’un premier cas il y a deux ans et demi.

Mortalité de 100 %

Or, la rage a un taux de mortalité de 100 % chez les humains et les animaux si elle réussit à trouver prise. «C'est une maladie qui est toujours mortelle une fois que les symptômes sont apparus», a déclaré le docteur David-Martin Milot, directeur de la santé publique de la Montérégie.

Tout n’est pas perdu, dit-il cependant. «Il y a un traitement préventif qui peut être administré une fois que la personne exposée a consulté et qui nécessite une administration rapide et qui nécessite plusieurs actions cliniques aussi.»

On parle, en fait, de l’administration de quatre à cinq doses de vaccins sur une période de deux semaines et d’une dose d’immunoglobulines après une première étape fort évidente qui rappellera sans doute de douloureux souvenirs à plusieurs, soit de laver l’endroit touché avec de l’eau et du savon durant 10 à 15 minutes.

Combien de temps faut-il avant que ces symptômes annonciateurs du pire apparaissent? La docteure Alex-Ane Mathieu, médecin-conseil en santé publique, n’ose pas donner une trop grande fenêtre, même si certaines études font état d’une période de grâce de trois semaines, car l’infection peut progresser plus rapidement selon le type d’exposition et la localisation de la lésion sur le corps. Ce virus s’attaque au système nerveux et se dirigera vers le cerveau: une lésion à la tête, par exemple, viendra réduire considérablement le temps requis au virus pour s’y rendre.

«On ne niaise pas avec ça»

Pour elle, la question ne se pose même pas: «Habituellement, on dit aux gens vraiment, la journée même, le lendemain, c'est vraiment important de consulter rapidement. Et on ne niaise pas avec ça, parce que dès qu'on a des symptômes, il est trop tard.»

«Heureusement, dit-elle, ce n'est pas une maladie qui est très fréquente chez l'humain au Canada. Le dernier cas au Canada remonte à 2024, mais au Québec c'était en 2000.»

La majorité des cas au Canada étaient d’ailleurs associés à une exposition aux chauves-souris alors que la vague actuelle qui frappe la Montérégie et l’Estrie en est une de «rage terrestre», associée principalement aux ratons laveurs, mais qui peut toucher tous les mammifères comme les moufettes ou les renards, par exemple.

La transmission peut se faire par le fait d’être mordu, griffé ou même un simple contact de tissu infecté avec une muqueuse (yeux, nez, bouche).

Les humains pourraient-ils être vaccinés? Oui, dans certains cas très précis où ils sont très susceptibles d’y être exposés, comme les vétérinaires ou des travailleurs qui œuvrent dans des zones où il y a beaucoup d’animaux et que la rage y est endémique. Le docteur Milot explique toutefois que, vu la rareté des cas, «on préfère la situation actuelle, c'est-à-dire de ne pas vacciner toute la population. Ce serait très coûteux et ça demeure une intervention à laquelle peut-être pas tout le monde voudrait se soumettre, surtout qu’il y a des façons de se protéger qui sont très efficaces aussi.»

Mesures de prévention simples

Cette prévention commence par des gestes évidents, explique-t-il. «La principale chose à faire, c’est d'éviter les contacts avec des animaux domestiques inconnus et des animaux sauvages. Ça veut dire ne pas les toucher, ne pas les caresser, ne pas les nourrir, ne pas s'en approcher même, si possible, de ne pas les déplacer s'ils ont l'air malades, blessés ou même morts.»

On s’inquiète néanmoins de l’ampleur de la zone affectée et de la vitesse à laquelle le virus se propage, alors que des cas confirmés ont été signalés dans de plus grandes municipalités en zone urbaine, notamment à Saint-Jean-sur-Richelieu, Chambly, Beloeil et Saint-Hyacinthe.

«Il pourrait y avoir des ratons laveurs rabiques (infectés par le virus de la rage) dans nos cours, dans nos jardins, dans nos cours d'école – il y en a eu – dans des parcs, dans nos quartiers. C'est de ça qu'on parle quand on parle de milieux urbains», décrit la docteure Mathieu.

L’autre geste de prévention incontournable est de faire vacciner ses animaux de compagnie ou de leur administrer les rappels si nécessaire et d’éviter de les laisser sortir sans surveillance, ce qui peut toutefois s’avérer assez complexe dans le cas des chats. «On veut éviter de se mettre à risque par nos animaux domestiques. Donc, c'est une autre manière de réduire le risque pour la rage chez l'humain», ajoute Alex-Ane Mathieu.

Évidemment, il faut aussi sensibiliser les enfants de ne pas approcher, caresser ou attirer un animal sauvage, même s’il est mignon et qu’il a l’air en santé.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne