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Tuerie en N.-É.: des courriels perdus et des alertes tardives de la GRC

durée 12h27
7 juin 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

HALIFAX — L'enquête sur la tuerie de 2020 en Nouvelle-Écosse a mis en lumière de nouvelles erreurs commises par la Gendarmerie royale du Canada, qui ont retardé la divulgation à la population que le tueur conduisait une réplique d'un véhicule de patrouille.

La commission d'enquête a conclu que ces défaillances ne pouvaient pas être expliquées de manière adéquate, bien qu'elle ait proposé certaines théories sur ce qui n'avait pas fonctionné ces jours-là.

L'enquête a permis d'apprendre que le soir du 18 avril 2020, des policiers de la GRC ont été dépêchés à Portapique, où ils ont découvert qu'un tireur actif avait tué plusieurs personnes et incendié plusieurs maisons. En tout, 13 personnes ont été assassinées à Portapique ce soir-là.

Tôt le lendemain matin, le tueur n'avait toujours pas été retrouvé — les enquêteurs ignoraient en fait qu'il avait quitté le secteur par une petite route secondaire au volant de ce qui semblait être un véhicule de patrouille de la police fédérale. 

La GRC a reçu une description complète du véhicule lorsque la conjointe du tueur est sortie de sa cachette à Portapique à 6 h 30 dimanche matin. Des proches de la femme ont alors fourni une photo du véhicule, qui a été transmise à la GRC à 7 h 27. Mais cette photo n'a été partagée avec la population de la Nouvelle-Écosse que près de trois heures plus tard.

Dans un résumé des preuves publié mardi, on apprend que l'enquête a révélé pour la première fois que la photo devait être immédiatement transmise à Lia Scanlan, directrice des communications stratégiques à la GRC. Mais quelque chose a mal tourné.

Lors d'une précédente entrevue avec des enquêteurs de la commission, le sergent d'état-major Addie MacCallum, de la GRC, a déclaré qu'il avait effectivement transmis une photo du tueur et une photo du véhicule de patrouille à Lia Scanlan avant 8 h dimanche. 

Des délais pour la photo

La commission a déterminé plus tard que la photo du tueur a avait été transmise à Mme Scanlan, mais la photo de la voiture est allée ailleurs. Les enquêteurs de la commission ont découvert que M. MacCallum avait envoyé un deuxième courriel avec les deux photos à 8 h 10, mais on ne sait pas si ce courriel a été reçu par la directrice des communications stratégiques Scanlan. 

«Mme Scanlan a déclaré à la Commission qu'elle n'était pas au courant de la réplique de l'autopatrouille avant 8 h» et les notes qu'elle a prises ce jour-là ne disent rien sur la photo de la voiture, indique la commission.

À 8 h 54, la GRC a publié sur Twitter un message contenant une description et une photo du tueur, ainsi que la confirmation que l'homme de 51 ans était armé et dangereux. Mais on ne faisait aucune mention du véhicule.

Des documents et des témoignages publiés précédemment par la commission ont confirmé qu'il y avait eu des discussions entre des officiers supérieurs de la GRC, qui estimaient que la divulgation d'informations sur la réplique d'un véhicule de patrouille pourrait semer la panique au sein de la population et mettre les policiers en danger sur le terrain.

C'est alors que la caporale Jennifer Clarke, agente d'information publique à la GRC, a envoyé un courriel à Mme Scanlan pour fournir des détails sur le véhicule. On a dit à Mme Clarke de préparer une ébauche de message d'alerte à la population pour approbation par le sergent d'état-major MacCallum.

Mme Clarke a déclaré mardi que les informations qu'elle avait reçues, qui comprenaient une photo de la voiture, provenaient probablement de l'officier MacCallum. Elle a déclaré à l'enquête qu'elle avait travaillé aussi rapidement que possible pour préparer le message sur Twitter, sans vouloir commettre d'erreurs. 

À 9 h 40, Mme Clarke a envoyé un brouillon de message, avec une photo du véhicule, à M. MacCallum, mais le sergent d'état-major n'a pas répondu. 

Mme Clarke a ensuite contacté le sergent d'état-major Steve Halliday, qui a approuvé le message d'alerte à 9 h 49. Elle a ensuite demandé l'approbation de Mme Scanlan, mais il y a eu un délai. «Je faisais les cent pas, a déclaré Mme Clarke. Ce furent les 27 minutes les plus longues de ma vie.»

Le message d'alerte publique n'a finalement été envoyé qu'à 10 h 17. Le «document fondamental» de la commission ne fournit pas d'explication, et Mme Clarke n'en a pas proposé. «Lia (Scanlan) était le canal: c'était elle qui devait donner l'approbation», a déclaré Mme Clarke.

«Écoutez, j'aurais aimé pouvoir le sortir plus tôt. Je ne sais pas si j'aurais pu sauver quelqu'un. Je ne sais pas si j'aurais pu travailler plus vite (...) Ça n'aurait été productif pour personne de commencer à enfreindre les règles, pour ainsi dire, et essayer d'obtenir l'approbation de différentes sources.»

Michael MacDonald et Keith Doucette, La Presse Canadienne