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Un microbiote intestinal en santé améliore l'effet de l'immunothérapie

durée 11h30
28 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L'élimination dans l'intestin de certaines bactéries dont on sait qu'elles freinent la réponse immunitaire permet d'augmenter de manière significative l'efficacité de l'immunothérapie face au cancer, ont constaté des chercheurs du Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

Les résultats sont éloquents: 80 % des patients atteints d'un cancer du poumon ont répondu au traitement, soit presque le double des taux habituellement observés, et 75 % des patients atteints de mélanome ayant reçu une transplantation de microbiote fécal ont présenté une réponse au traitement, plutôt qu'environ 60 % sans transplantation.

«On utilise l'immunothérapie presque tous les jours chez nos patients atteints d'un cancer du poumon ou d'un mélanome, et le microbiome intestinal est essentiel pour monter une réponse à l'immunothérapie, a dit la docteure Arielle Elkrief, qui est clinicienne-chercheuse au Centre de recherches du CHUM.

«Le problème, c'est que 50% des patients ne vont pas répondre (à l'immunothérapie). Et on s'est rendu compte dans le laboratoire, chez la souris, que la présence d'un microbiome intestinal intact était essentielle pour la réponse à l'immunothérapie.»

Fait étonnant, les chercheurs ont découvert que le succès du traitement dépend non pas de la présence de bactéries utiles, mais plutôt de l’élimination dans l'intestin de certaines bactéries qui semblent freiner la réponse immunitaire face au cancer.

Ainsi, lors d'essais en laboratoire, l'effet anticancer de l'immunothérapie chutait lorsqu'on réintroduisait ces bactéries indésirables chez des souris.

La greffe fécale, a dit la docteure Elkrief, permet d'éliminer ces bactéries nuisibles et de renforcer le système immunitaire.

«De réaliser que c'est la perte de nos propres bactéries qui fait en sorte que les gens répondent, c'est vraiment une façon de penser qui est totalement différente, a complété la docteure Rahima Jamal, qui est hémato-oncologue au CHUM. On pense toujours en termes de gains, mais ici, c'est ce qu'on perd (...) qui semble être la clé du succès.»

Un autre groupe de chercheurs vient d'ailleurs d'obtenir, et de publier, des résultats très prometteurs en utilisant cette même stratégie face au cancer du rein, a fait remarquer la docteure Elkrief.

Les travaux actuels, a dit la docteure Jamal, devraient permettre d'isoler le rôle que joue concrètement la transplantation fécale. Ses collègues et elle espèrent notamment confirmer que la transplantation n'augmente pas la toxicité du traitement d'immunothérapie.

«On associe la clinique à l'aspect laboratoire, a-t-elle expliqué. On essaie de comprendre, de prévoir, les caractéristiques d'un patient ou de la greffe qui vont faire que quelqu'un va répondre ou que quelqu'un pourrait faire des toxicités.»

Et même si plusieurs aspects doivent encore être explorés et élucidés, il n'arrive pas souvent, dans la carrière d'un clinicien, de voir des effets aussi importants, a souligné la docteure Jamal.

«Ça frappe l'imagination, c'est un 'game changer' qui identifie une nouvelle façon d'attaquer le cancer», a-t-elle dit.

À terme, a-t-on expliqué par voie de communiqué, cette percée «pourrait mener à des thérapies efficaces et hautement personnalisées ciblant précisément les bactéries qui nuisent à l’efficacité des traitements anticancéreux».

Le domaine de l’immunothérapie est en pleine ébullition et est à l’origine des percées les plus prometteuses réalisées dans la lutte contre le cancer depuis une dizaine d’années.

On estime que le microbiome intestinal humain est composé d’environ 4500 types de bactéries différentes, qui contribuent toutes au bon fonctionnement de l’organisme. Un déséquilibre du microbiome peut avoir des répercussions importantes sur la santé, notamment en ce qui concerne la digestion, le poids, le système immunitaire et la santé mentale.

De manière plus large, l’impact du microbiome intestinal sur de multiples aspects de la santé humaine retient de plus en plus l’attention de la communauté scientifique. Des études publiées au cours des dernières années ont ainsi témoigné d’une association potentielle entre le microbiome et la santé d’organes comme le cœur, le cerveau et même les yeux.

L'essai clinique de phase II a été dirigé par le CRCHUM en collaboration avec le London Health Sciences Centre Research Institute et Lawson de St. Joseph’s Health Care London. Les conclusions ont été publiées par le journal Nature Medicine.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne