«Un petit répit de la rue»: des commerces solidaires font une différence

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTREAL — Pouvoir franchir la porte d'un commerce pour boire un verre d'eau, aller aux toilettes et se reposer quelques minutes. S'il s'agit d'une réalité banale pour plusieurs, elle peut néanmoins faire toute la différence pour une personne en situation d'itinérance.
Et c'est sur ce point que se concentrent deux organismes montréalais, qui mobilisent les commerçants de leur quartier afin de créer un réseau solidaire et d'encourager la cohabitation, alors que les ressources d'aide sont de plus en plus débordées.
«C'est un petit pas qui peut mener loin», croit Émilie Roberge, coordonnatrice des équipes de proximité à Spectre de rue.
«On sait que cela ne va pas régler tous les enjeux, évidemment, sauf que si cela peut amener un peu d'apaisement et de douceur dans la vie des gens, tant mieux», souligne-t-elle au bout du fil.
Spectre de rue a présenté à la fin mars son initiative Le Pommier, un projet sur lequel l'organisme travaille depuis près de deux ans.
L'idée est de solliciter les commerçants du secteur de Centre-Sud qui souhaitent rendre leur quartier plus inclusif et bienveillant en les aidant à proposer des services selon leurs moyens.
Que ce soit d'autoriser l'accès aux toilettes sans nécessairement consommer, pouvoir remplir sa bouteille d'eau, ou tout simplement offrir un espace pour se rafraîchir en été ou se réchauffer en hiver, la panoplie de services peut être vaste.
«Ça ne demande pas de dépenser de l'argent ou de l'énergie tant que ça, de personnel, ou de temps pour offrir ces endroits-là, c'est répondre à des besoins de base pour les personnes», juge Mme Roberge.
Quelques commerçants du quartier avaient déjà levé la main pour participer à ce réseau avant le lancement.
«Ça reste une solution qui est une alternative ou une activité qui est quand même assez simple, puis qui peut avoir un impact réel sur le sentiment d'acceptation, de solidarité et de bien-être des gens», soutient-elle.
Un concept encore rare au Québec
L'initiative de Spectre de rue n'est pas unique à Montréal. Elle est en fait inspirée du projet L'Oranger, qui a été mis sur pied en 2019 sur Le Plateau-Mont-Royal.
L'organisme communautaire Plein Milieu était alors le premier à amener un tel projet, qui existait déjà en France, dans la province.
L'organisation avait tout d'abord sollicité les établissements municipaux, comme les bibliothèques, ce qui a donné un coup de pouce pour encourager d'autres commerces à se joindre.
Coco Leduc-Roy, qui s'occupe de L'Oranger, explique que l'objectif est également d'outiller les établissements participants, de les sensibiliser et de leur offrir du soutien.
«On comprend aussi que de faire partie d'un tel projet, ça peut peut-être amener un certain lot de situations», mentionne Coco Leduc-Roy en entrevue.
Cette personne rend visite aux 16 commerçants membres de son réseau au moins une fois par mois et juge que le bilan est plus que positif.
«Juste le fait que les gens n'ont pas à s'inquiéter de se faire mettre dehors, de pouvoir rester, je sais que ça fait un grand bien aussi aux gens. Ça leur donne un petit répit de la rue», indique Coco Leduc-Roy.
De belles histoires en ressortent aussi. Coco Leduc-Roy raconte comment un homme qui utilisait de temps en temps les services du café Reine Garçon, sur l'avenue Duluth, a eu une petite célébration pour sa fête.
«Il s'est pointé là la journée de sa fête, il a dit que c'était sa fête, ils lui ont sorti un gâteau, puis ils ont chanté bonne fête, précise Coco Leduc-Roy. Célébrer son anniversaire, ce n'est pas nécessairement quelque chose qui est élaboré, ou des fois, ce n'est même pas souligné. Ça fait chaud au cœur.»
Cette approche qui encourage la cohabitation pourrait prendre de l'ampleur à Montréal, où plusieurs projets aux noms d'arbres fruitiers pourraient prochainement voir le jour.
«Dans la dernière année, il y a beaucoup d'organismes communautaires partout sur l'île de Montréal qui m'ont contacté pour discuter du réseau L'Oranger, parce qu'ils sont intéressés à développer un projet similaire», fait savoir Coco Leduc-Roy.
«Je trouve que c'est vraiment une petite action, mais qui peut vraiment faire la différence. Même si c'est une seule personne qui fréquente ton commerce, ça peut vraiment faire toute la différence», soutient Coco Leduc-Roy.
Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne