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Une étude se penche sur la détérioration de la qualité de l'air aux États-Unis

durée 04h00
31 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Une nouvelle étude menée par l'Université de Waterloo souligne à quel point la qualité de l'air en Amérique du Nord pourrait se détériorer d'ici la fin du siècle si aucune mesure n'est prise pour lutter contre le changement climatique.

Cette étude, qui se concentre sur les États-Unis, suggère qu'un Américain sur trois pourrait respirer, d'ici 2100, un air estival jugé malsain pour les groupes sensibles, soit une multiplication par sept par rapport au début de ce siècle.

Dans ce scénario catastrophe, l'étude suggère que les jeunes enfants, les personnes âgées et d'autres groupes sensibles pourraient être invités à rester à l'intérieur un jour sur deux en moyenne pendant l'été.

Rebecca Saari, professeure agrégée à l'Université de Waterloo, a avancé que ces résultats indiquent que le simple fait de demander aux gens de rester à l'intérieur ne peut compenser les risques sanitaires croissants liés à la mauvaise qualité de l'air, eux-mêmes dus au changement climatique.

«Ce n'est plus un problème à court terme, c'est un problème chronique», a mentionné Mme Saari, titulaire d'une chaire de recherche du Canada sur le réchauffement climatique, l'atmosphère et la santé.

Parallèlement aux efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre issues des combustibles fossiles, elle a ajouté qu'il fallait mettre davantage l'accent sur l'amélioration de la filtration de l'air intérieur et de l'étanchéité des bâtiments afin d'empêcher les polluants nocifs de pénétrer à l'intérieur.

«Nous devons nous concentrer sur des adaptations protectrices à plus long terme», a-t-elle soutenu.

Alors que d’autres études ont détaillé la manière dont le changement climatique aggrave la pollution, les auteurs suggèrent qu’il s’agit là d’un des comptes rendus les plus détaillés de la façon dont il pourrait affecter les alertes de qualité de l’air aux États-Unis, qui recommandent à la population de rester à l’intérieur.

Mme Saari et l’ancien doctorant Matt Sparks ont collaboré avec trois chercheurs américains sur ce projet.

L'étude modélise ces alertes pendant la saison du smog, du 1er mai au 30 septembre, selon trois scénarios: si le réchauffement climatique atteint 2 degrés au-dessus des niveaux préindustriels, s'il est limité à 2,5 °C ou si, dans le pire des cas, aucune mesure n'est prise pour lutter contre le changement climatique.

Deux polluants clés sont modélisés, soit l'ozone et les particules fines, connues sous le nom de PM2,5.

Selon l'étude, un changement climatique non atténué pourrait ajouter en moyenne 28 jours d'alerte pour les groupes sensibles d'ici 2100. Ce nombre serait réduit d'environ 30 % si des mesures climatiques étaient prises pour limiter le réchauffement climatique à 2 ou 2,5 °C.

La hausse la plus forte concernerait les zones déjà densément peuplées et fortement polluées de Californie et de l'est des États-Unis, cette dernière région enregistrant deux mois supplémentaires d'alertes par an pour les groupes sensibles, d'après l'étude.

Limiter le réchauffement climatique à deux degrés permettrait de réduire d'environ un mois la durée de ces alertes.

Les personnes âgées de 65 ans et plus, par rapport aux autres groupes d'âge, supportent l'essentiel du fardeau sanitaire lié à la mauvaise qualité de l'air, suggère l'étude. Elles tirent également le plus grand bénéfice du respect des alertes de qualité de l'air leur recommandant de rester à l'intérieur.

Pourtant, un respect généralisé de ces consignes ne peut compenser les coûts croissants liés à la mauvaise qualité de l'air, indique l'étude.

Dans le pire des cas, le respect total des alertes «malsaines» ne compenserait qu'environ 15 % de l'impact économique de la mauvaise qualité de l'air, tels que la spirale des coûts de santé et les pertes de salaire.

Ces économies grimpent à environ 40 % si le réchauffement climatique est limité à 2 °C d'ici la fin du siècle.

Des conséquences aussi au Canada

Cette étude a toutefois ses limites. Les scénarios sont basés sur les données démographiques de 2005. Une population plus nombreuse et plus âgée à l'avenir pourrait alourdir le fardeau sanitaire estimé.

Elle ne tient pas non plus compte de la fumée des feux de forêt, une source de pollution qui devrait s'aggraver à mesure que le changement climatique augmente la fréquence et l'intensité des feux de forêt.

L'exposition à la fumée des feux de forêt, due en grande partie aux minuscules particules de végétation brûlée qui peuvent pénétrer profondément dans les poumons, constitue l'un des plus grands risques pour la qualité de l'air extérieur au Canada.

Une récente étude de Santé Canada a estimé que l'exposition aux PM2,5 lors de la saison des feux de forêt record de 2023 pourrait contribuer à environ 400 décès prématurés aigus et 5400 décès prématurés chroniques.

L'étude suggère que cela pourrait se traduire par des coûts économiques de 52 milliards $, incluant les frais médicaux, la baisse de productivité, ainsi que la douleur et la souffrance.

Le réchauffement climatique est également susceptible d'augmenter les niveaux d'ozone dans les zones densément peuplées et industrialisées du Canada, notamment le sud de l'Ontario et le sud-ouest du Québec.

L'ozone, qui se développe lors des journées plus chaudes et ensoleillées, se forme lorsque la lumière du soleil réagit avec certains précurseurs, tels que les oxydes d'azote et les composés organiques volatils.

Une exposition à court terme peut aggraver l'asthme et d'autres maladies pulmonaires, tandis qu'une exposition à long terme a été associée à l'apparition de l'asthme et à une augmentation des symptômes respiratoires chez certains groupes.

Cette étude, menée par l'Université de Waterloo et évaluée par des pairs, a été publiée ce mois-ci dans la revue Environmental Science & Technology.

Jordan Omstead, La Presse Canadienne