Une étude suggère un lien entre l'anxiété et la pilule contraceptive

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les résultats d'une étude de l'UQAM faite en laboratoire suggèrent qu'il existe un lien entre l'anxiété et la prise de la pilule contraceptive. Plus étonnant encore, cette association semble persister chez les femmes qui ont arrêté la pilule depuis plus d'un an.
Les résultats ne démontrent pas un lien de cause à effet, il s'agit de corrélations, souligne à grands traits Lisa-Marie Davignon, étudiante au doctorat en psychologie et autrice principale de l'étude. «Je suis prudente parce que je ne veux pas inquiéter les gens inutilement. Je pense que c'est un sujet qui vaut la peine d'être discuté et qui permet d'éveiller l'intérêt envers la santé de la femme, mais mon but ce n'est pas d'alarmer personne, juste d'ouvrir la discussion», dit-elle.
Les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de vivre avec des troubles anxieux. De plus, la recherche montre que certaines variables, comme les hormones sexuelles, pourraient contribuer à l’anxiété. Mme Davignon a donc voulu explorer le lien entre la pilule contraceptive (qui contient des hormones sexuelles) et la peur, qui est l'émotion prédominante des troubles anxieux.
Lors de l'expérience, les participants ont été exposés à des images d'un bureau et d'une bibliothèque. Dans un des deux contextes, les participants recevaient un petit choc électrique de façon répétée. «Après un certain temps, les femmes apprenaient à avoir peur de ce contexte parce qu'elles anticipaient qu'elles allaient recevoir un choc électrique. En parallèle, il y avait un deuxième contexte qui n'était jamais [jumelé] avec un choc électrique, qui était donc un contexte sécuritaire», décrit Mme Davignon.
«Le lendemain de l'expérience, les participants sont revenus au laboratoire et on les réimposait aux deux contextes, poursuit-elle. Pour le contexte dangereux, tout le monde avait peur, tous avaient bien compris que c'était un contexte qui était associé au choc, mais c'est pour le contexte sécuritaire où les réponses de peur différaient selon l'usage de contraception.»
Dans le contexte où on ne devrait pas avoir peur, les femmes qui prennent la pilule avaient des réactions de peur plus élevées que les femmes qui n'avaient jamais pris la pilule. «Et même les femmes qui avaient arrêté la pilule depuis longtemps, elles avaient aussi des réactions de peur accrues dans ces situations sécuritaires dans notre protocole en laboratoire», soulève Mme Davignon.
Pas assez d'études 65 ans après la pilule
Pour mesurer la peur, elle a utilisé un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM) qui enregistrait le fonctionnement du cerveau des participants tout au long de l'expérience. Les résultats étaient intéressants quant à l'activité de l'hippocampe, une petite région dans le cerveau qui est très importante pour la mémoire «et qui est connue dans la littérature scientifique pour être une des régions les plus sensibles à l'effet des hormones».
«On a remarqué que cette région était plus activée chez les femmes qui n'avaient jamais pris la pilule de leur vie, indique Mme Davignon. Comme explication potentielle, mais ça reste à explorer, peut-être que cette activation accrue chez les filles qui n'ont pas pris la pilule peut leur avoir été favorable.»
Les participants avaient également des capteurs dans la paume de leurs mains pour mesurer la transpiration, une mesure qui indique que le système nerveux s'est activé. «Toujours dans le contexte sécuritaire, les femmes qui avaient arrêté la pilule depuis longtemps avaient des réactions de peur aussi élevées que les femmes qui prenaient encore la pilule», mentionne la doctorante.
L’échantillon de l'étude était composé de 147 participants divisés en quatre groupes: des femmes qui prennent la pilule; des femmes ayant arrêté d’utiliser la pilule depuis plus d’un an; des femmes qui n’ont jamais pris la pilule; et des hommes. Il s'agit d'une taille standard d'échantillon pour ce genre d'étude, étant donné que les participants devaient être en excellente santé physique et psychologique et aussi que les protocoles pour collecter les données étaient coûteux.
Mme Davignon estime que les résultats appuient la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les effets de la contraception hormonale sur la santé mentale. «On sait que les femmes sont historiquement largement sous-étudiées par rapport aux hommes. C'est quand même aberrant, à mon sens, qu'on en soit à 65 ans depuis la commercialisation des premières pilules et qu'on commence à réaliser qu'il y a potentiellement des corrélations avec la santé mentale», déplore-t-elle. La prochaine étape serait d'effectuer des essais randomisés contrôlés.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne