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Une note du MPO met en garde contre un projet de loi qui menace les baleines noires

durée 13h22
6 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

ST. JOHN'S — Selon une note interne du gouvernement, le personnel de Pêches et Océans Canada(MPO) craint que le Congrès américain ne soit sur le point d'adopter une loi mettant en péril la survie de la baleine noire de l'Atlantique Nord.

Cette note a été envoyée en mai aux hauts responsables du ministère fédéral et communiquée à la Presse Canadienne à la suite d’une demande d’accès à l’information. Elle porte sur un projet de loi soutenu par le président américain Donald Trump visant à reporter jusqu’en 2035 la mise en place de nouvelles mesures de protection pour cette baleine en danger critique d’extinction.

Le MPO s’est peu exprimé au sujet du projet de loi américain. Cependant, la note récemment rendue publique montre que les experts au sein du ministère estiment que cette mesure pourrait avoir de graves conséquences pour l’espèce, dont il reste moins de 400 individus.

«Des modélisations récentes démontrent que nous disposons désormais d’un délai de 12 ans avant l’extinction fonctionnelle de la baleine noire de l'Atlantique Nord», indique la note, précisant que l’espèce serait fonctionnellement éteinte lorsqu’il ne resterait plus aucune femelle reproductrice.

«Repousser l’entrée en vigueur de la réglementation à 2035 pourrait signifier que [l’Administration nationale océanique et atmosphérique] rate la fenêtre d’opportunité pour mettre en œuvre les mesures adéquates visant à assurer le rétablissement de l’espèce», ajoute-t-elle.

Sean Brillant, responsable des programmes marins à la Fédération canadienne de la faune, a déclaré que les populations de baleines avaient légèrement rebondi ces dernières années grâce aux mesures de protection mises en place par le gouvernement. Le modèle d’extinction sur 12 ans est obsolète, mais le ministère des Pêches a raison de dire que le report des mesures de protection met en péril le rétablissement des baleines, a-t-il ajouté.

«Nous sommes sur le fil du rasoir, et il suffirait de peu pour que nous glissions, a souligné M. Brillant lors d’une entrevue. Nous pourrions perdre cette espèce.»

Les baleines noires de l'Atlantique Nord sont considérées comme l’une des espèces de grandes baleines les plus menacées au monde. À la date de la saison de mise bas de cette année, il restait environ 380 individus sur Terre, dont environ 70 femelles reproductrices, selon l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA).

Ces baleines parcourent des milliers de kilomètres chaque année, migrant entre leurs zones de mise bas au large de la Floride et de la Géorgie et leurs zones d’alimentation qui s’étendent jusqu’aux eaux au large de la Nouvelle-Angleterre, de la baie de Fundy et du golfe du Saint-Laurent, au Canada atlantique.

Le réchauffement des eaux océaniques les pousse plus au nord, vers des zones où la pêche et le trafic maritime sont intenses. Là-bas, elles risquent d’être heurtées par des navires ou de s’empêtrer dans des engins de pêche, ce qui peut entraîner leur mort.

La note de service de Pêches et Océans Canada aborde un projet de loi présenté par Jared Golden, représentant démocrate du Maine, visant à reporter de près d’une décennie l’entrée en vigueur de nouvelles mesures fédérales de protection des baleines noires et à laisser le temps d’élaborer de nouvelles mesures ayant moins d’incidences sur le secteur de la pêche.

Ce projet de loi a été approuvé le mois dernier par la commission des ressources naturelles de la Chambre des représentants et pourrait être soumis dès cet été au Congrès, contrôlé par les républicains, où il a de fortes chances d’être adopté.

Le gouvernement américain a déjà suspendu toute nouvelle mesure de protection des baleines jusqu’en 2028. Ce projet de loi prolongerait ce délai jusqu’en 2035, et la Maison-Blanche a indiqué que les conseillers de Donald Trump lui recommanderaient de le promulguer.

«Si le projet de loi est soutenu et adopté, cela aurait un impact significatif sur les baleines noires de l'Atlantique Nord et pourrait avoir des conséquences pour les pêcheurs canadiens», indique la fiche d’information du MPO, qui ajoute: «Les pêcheurs canadiens pourraient être tenus de prendre davantage de mesures pour réduire les impacts sur cette espèce.»

Interrogé au sujet de cette note de service, le ministère a transmis à la Presse Canadienne un communiqué décrivant ses efforts pour surveiller et protéger l’espèce.

M. Brillant a expliqué que la population de baleines noires de l'Atlantique Nord était en «chute libre» depuis environ une décennie. Les gouvernements canadien et américain ont mis en place certaines mesures — fermetures de pêcheries, limitations de vitesse des navires — qui ont contribué à stabiliser les effectifs au cours des deux ou trois dernières années, a-t-il précisé.

«Mais l’espèce reste extrêmement vulnérable, a dit M. Brillant. Il suffirait de peu pour commettre une erreur et perdre à nouveau un grand nombre de ces animaux.»

Amy Knowlton, chercheuse principale à l'aquarium de la Nouvelle-Angleterre, a également reconnu que l’estimation de 12 ans n’était plus d’actualité. Elle a cité des recherches suggérant que la population de baleine noire de l'Atlantique Nord pourrait augmenter lentement au cours du siècle à venir, à condition que des mesures de conservation spécifiques soient mises en place.

Repousser la mise en place de nouvelles mesures de protection jusqu’en 2035 aux États-Unis pourrait «briser cette dynamique», a assuré Mme Knowlton lors d’un entretien.

Elle a noté que la proposition de M. Golden n’était pas la seule initiative politique américaine susceptible de limiter les chances de rétablissement de la baleine. La NOAA envisage également de modifier les règles en vigueur depuis 2008, qui obligent les grands navires à ralentir dans certaines zones afin d’éviter de percuter les baleines.

«Ce serait une catastrophe», a commenté Mme Knowlton.

— Avec des informations de l’Associated Press

Sarah Smellie, La Presse Canadienne