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Une procédure pour agressions sexuelles vise les Religieuses du Bon-Pasteur

durée 13h27
27 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une congrégation de religieuses est visée par une demande d’autorisation d’action collective pour des agressions sexuelles commises contre des jeunes filles entre 1940 et 1971.

La demande, déposée mardi, touche la Congrégation Notre-Dame de charité du Bon-Pasteur, dont les membres sont connues sous l’appellation des Religieuses du Bon-Pasteur, à ne pas confondre avec les Sœurs du Bon-Pasteur, dont la congrégation porte plutôt le nom de Servantes du Cœur immaculé de Marie.

La représentante du groupe, désignée par les initiales F.S., allègue avoir été agressée sexuellement par une religieuse du nom de Sœur Yvette alors qu’elle était pensionnaire au Couvent Sainte-Domitille de Laval.

Selon la procédure déposée, F.S. et sa sœur cadette avaient été confiées au couvent en 1970 par les services sociaux après trois années passées dans une succession de familles d’accueil à la suite de la séparation de leurs parents en 1967.

Régime d'isolement et de silence

Dès son arrivée au couvent, elle a été soumise à un régime d’isolement et de silence afin d’effectuer une «coupure» avec le monde extérieur et, durant une période de trois mois, elle n’a eu aucun droit de visite de sa famille ou de ses proches.

Le récit rapporté par F.S. dans la demande d’autorisation fait état d’agressions sexuelles multiples par Sœur Yvette, amorcées un peu avant Noël 1970 et répétées sur une base constante par la suite.

Sœur Yvette, qui était la directrice de son groupe, la menaçait de perdre ses privilèges de visite et de sortie si elle parlait de ces événements à qui que ce soit, faisant craindre à F.S. de perdre le contact avec sa grande sœur qui la visitait parfois au couvent.

F.S. et les autres pensionnaires étaient soumises à un régime de surveillance constante et à une loi du silence imposée par les Religieuses, dont Soeur Yvette. Par exemple, les pensionnaires devaient toujours se déplacer en groupe avec une religieuse et ne pouvaient se retrouver à deux sans qu’une religieuse intervienne pour leur ordonner de se mêler au groupe et de garder le silence. L’interdiction de parler était en vigueur dans les escaliers, les corridors ou les dortoirs et même aller à la salle de bain se faisait en groupe et sous surveillance.

F.S. dit par ailleurs avoir vu une fille de son groupe partir avec Sœur Yvette environ une dizaine de fois et se doute qu’elle se faisait également agresser.

Les religieuses écartées par l'État

La situation change du tout au tout en août 1971 alors qu’au retour d’un séjour estival, les pensionnaires sont accueillies par du personnel laïc; le couvent est devenu un centre jeunesse et les religieuses logent dans une autre partie du bâtiment sans contact avec les pensionnaires.

Dans le communiqué publié par le cabinet d’avocats Arsenault Dufresne Wee, qui pilote la demande d’autorisation d’action collective, F.S. déclare avoir «décidé de déposer cette demande d’action collective pour briser le silence. Je devais me libérer de cet enfer que j’ai vécu avant de mourir. J’espère que d’autres oseront également dénoncer. Je vais de l’avant pour toutes les femmes qui ont été victimes à cet établissement».

La procédure demande au tribunal, si la demande est acceptée, de condamner la congrégation à payer 450 000 $ à F.S. à titre de dommages non pécuniaires, une autre somme à être déterminée par le tribunal à titre de dommages pécuniaires et à payer une somme globale de 20 millions $ pour l’ensemble du groupe à titre de dommages punitifs.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne