Une série d'accords entre le Canada et la Chine — et un grand absent

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le Canada et la Chine ont dévoilé jeudi une série d'accords visant à stimuler le commerce et les investissements bilatéraux, même si le différend tarifaire n'est pas encore résolu.
«Cela me semble indiquer une volonté de revitaliser (et) de relancer toute une série de mécanismes institutionnels qui sont restés en dormance au cours de la dernière décennie en raison des tensions dans les relations», a déclaré Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique du Canada.
«Tout cela peut être compromis si l'environnement politique change», a-t-elle ajouté.
Mme Nadjibulla a indiqué que ces accords reflétaient une ouverture et une volonté d'explorer les possibilités de coopération dans ces domaines.
Voici un aperçu de ce que signifient ces accords, et de ce qui brille par son absence.
Pas d'accord tarifaire
Le principal point d'achoppement dans les relations commerciales entre le Canada et la Chine n'a pas encore été résolu. Le Canada a imposé des droits de douane sur les véhicules électriques, l'aluminium et l'acier chinois, ce qui a incité Pékin à riposter en imposant des droits de douane sur le canola, les fruits de mer et d'autres produits agricoles canadiens.
Pékin a déclaré qu'il abandonnerait les droits de douane sur le canola si le Canada supprimait sa taxe sur les véhicules électriques. Les premiers ministres de l'Atlantique et de l'Ouest ont exhorté Ottawa à le faire, tandis que le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, insiste sur le fait que les droits de douane protègent les emplois nationaux dans le secteur automobile.
Avant la visite du premier ministre Mark Carney en Chine cette semaine, les responsables canadiens ont déclaré aux journalistes qu'il fallait s'attendre à une évolution, mais pas à une fin, du différend tarifaire.
Mme Nadjibulla a noté qu'il était «inhabituel» que ces négociations tarifaires se poursuivent aussi tardivement dans le cadre d'une visite du premier ministre.
De nombreuses discussions économiques
Les deux pays ont publié ce qu'ils appellent une «feuille de route pour la coopération économique et commerciale», un document exhaustif qui décrit les domaines dans lesquels les deux pays souhaitent renforcer leurs liens économiques et ce que cela pourrait impliquer.
Le document met en évidence les secteurs dans lesquels le Canada et la Chine souhaitent renforcer leur collaboration, ainsi que les domaines dans lesquels Ottawa a exclu toute participation chinoise. Il promet des investissements mutuels dans l'agriculture, l'énergie et les services et biens de consommation.
Le document accueille favorablement les investissements canadiens dans l'aérospatiale et la fabrication de pointe en Chine, mais ne prévoit pas d'investissements chinois dans ces secteurs au Canada. Le premier ministre Carney a déclaré qu'il ne souhaitait pas que la Chine investisse dans des secteurs sensibles.
Le document indique que les deux pays s'engagent à améliorer la transparence des investissements étrangers conformément à leurs cadres juridiques nationaux. Mme Nadjibulla a déclaré que cela pourrait influencer la manière dont le Canada mène les négociations sur l'accord commercial continental tout en gérant les préoccupations de Washington concernant la Chine.
«Ces détails devront être négociés par le Canada en tenant compte de leur incidence sur les discussions avec les États-Unis», a-t-elle indiqué, soulignant que les négociations avec Washington semblent imprévisibles.
«Nous ne pouvons pas simplement attendre que tout soit réglé avec les États-Unis avant même de commencer à discuter avec d'autres pays, y compris ceux qui sont difficiles comme la Chine.»
Les accords intensifient également le travail de la Commission mixte sur l'économie et le commerce, un organisme responsable de résoudre les obstacles au commerce, qui était en sommeil jusqu'à ce que M. Carney le relance l'année dernière. Les accords conclus jeudi prévoient que les ministres du Commerce de chaque pays présideront la commission, qui se réunira au Canada cet été ou cet automne.
«C'est probablement à ce moment-là que nous aurons davantage d'avancées sur les questions des droits de douane sur le canola et les produits agricoles, car ce groupe a été chargé de résoudre les différends économiques et commerciaux entre les deux pays», a déclaré Mme Nadjibulla.
Le Canada et la Chine ont aussi relancé un comité agricole conjoint qui aborde également ces questions.
Le document promet la création d'un nouveau groupe de travail sur les finances qui permettra des échanges fréquents, professionnels et approfondis sur des questions telles que «la lutte contre le blanchiment d'argent, les flux transfrontaliers de capitaux», la stabilité financière et les questions monétaires.
Selon Mme Nadjibulla, ce groupe de travail pourrait s'appuyer sur l'expertise économique de M. Carney et aider à relever les défis de la politique monétaire chinoise, notamment l'équilibre entre croissance et stabilité financière, la gestion des chocs dans le secteur immobilier, la déflation et les objectifs climatiques.
Le document promet également une coopération accrue entre les petites et moyennes entreprises des deux côtés du Pacifique. Mme Nadjibulla a noté que tous ces accords indiquaient au secteur privé une plus grande ouverture d'Ottawa aux affaires en Chine.
Énergie
Comme l'avaient prédit les analystes, le document économique principal place le commerce de l'énergie, tant propre que conventionnelle, au premier plan des efforts de coopération.
La Chine et le Canada ont également signé un mémorandum sur l'énergie dans lequel Pékin qualifie le Canada de «partenaire potentiel important» pour les importations de pétrole, de produits pétroliers et de gaz naturel liquéfié, «sur la base des principes du marché».
Le document indique que les deux pays «reconnaissent que l'énergie conventionnelle continue de jouer un rôle important dans la transition énergétique», mais souhaitent également explorer les possibilités de «coopération dans le domaine des énergies renouvelables, y compris l'énergie éolienne extracôtière».
Le protocole d'accord appelle également à une coopération accrue dans le domaine des réacteurs CANDU, une conception canadienne utilisée à la fois pour la production d'électricité et les isotopes médicaux.
Le ministre de l'Énergie, Tim Hodgson, a déclaré que la Chine était intéressée par davantage de produits énergétiques canadiens, car elle recherche «des partenaires commerciaux fiables [...] qui n'utilisent pas l'énergie à des fins de coercition».
Cet accord pourrait déboucher sur les premiers investissements chinois importants dans les sables bitumineux canadiens depuis des décennies.
Tourisme
Les deux pays ont convenu de travailler à l'amélioration du tourisme. Un protocole d'accord issu des réunions de M. Carney à Pékin prévoit la collaboration des offices du tourisme pour mener des campagnes promotionnelles axées sur la nature dans les deux pays, les villes jumelées et lors d'événements tels que la Coupe du monde de soccer 2026.
Le mémorandum indique qu'un comité conjoint sur le patrimoine culturel réunira tous les deux ans les ministres des deux pays afin de discuter de projets comme la coopération entre les musées, les théâtres, les fondations et les grands festivals culturels.
Bois
Le ministère des Forêts de la Colombie-Britannique a signé un protocole d'accord avec Pékin afin de stimuler la recherche, le développement et la promotion de la construction moderne en bois pour la création de bâtiments écologiques en Chine.
Cet accord de cinq ans, qui n'est pas juridiquement contraignant, associe Ressources naturelles Canada au ministère chinois du Logement et du Développement, les deux parties s'engageant à explorer des «approches pratiques» pour des développements écologiques.
Cela impliquerait d'intégrer la construction moderne en bois dans les bâtiments urbains et ruraux chinois, de renforcer la «chaîne industrielle» de la construction en bois et de mener des recherches conjointes sur des projets de construction en bois massif.
L'accord s'inscrit dans le cadre de l'objectif des deux pays de parvenir à la neutralité carbone, et le gouvernement de la Colombie-Britannique a déclaré qu'il s'agissait d'une réponse aux droits de douane américains.
Santé animale
L'un des accords porte sur la surveillance sanitaire des aliments pour animaux de compagnie et la santé animale, des domaines dans lesquels le Canada se plaint depuis longtemps de perturbations commerciales.
Depuis février 2022, les exportations canadiennes d'aliments secs pour animaux de compagnie à base de volaille traités thermiquement ont été suspendues en raison des restrictions commerciales imposées par la Chine à cause de la grippe aviaire. Un cas atypique d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a également entraîné la suspension des exportations de bœuf vers la Chine en 2021.
Ottawa est frustré par la réticence des autorités chinoises à s'engager sur ces dossiers, ce qui a entravé certaines exportations agricoles.
Les groupes industriels canadiens affirment depuis des années qu'ils souhaitent vendre davantage d'aliments pour animaux de compagnie à la Chine, soulignant que les exportations australiennes ont augmenté à mesure que la classe moyenne chinoise, en pleine expansion, adopte davantage de chats et de chiens.
Commerce mondial
Le principal accord économique entre les deux pays stipule que les deux parties soutiennent un commerce fondé sur des règles avec l'Organisation mondiale du commerce et des réformes de l'OMC. Et ce, malgré le fait que M. Carney et Pékin décrivent l'OMC comme «paralysée».
Mme Nadjibulla a déclaré que cette formulation était largement symbolique.
«Cela fait référence au commerce fondé sur des règles ou au multilatéralisme, mais avec de nombreuses réserves que les deux parties comprennent et qui ne sont pas mentionnées dans ce document», a-t-elle indiqué.
Le document note également «l'intérêt continu de la Chine à adhérer à l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste», un important bloc commercial regroupant le Canada, l'Australie, le Pérou, le Japon et l'Asie du Sud-Est.
Le document rappelle la position de longue date du Canada selon laquelle les économies qui souhaitent rejoindre le bloc, notamment la Chine et Taïwan, doivent respecter des normes élevées en matière de droits du travail, de protection de l'environnement et de propriété intellectuelle.
«Ces principes sont formulés de telle manière qu'il serait très difficile pour la Chine de les respecter», a déclaré Mme Nadjibulla.
— Avec des informations fournies par Kyle Duggan à Pékin et Chuck Chiang à Vancouver.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne