Violence conjugale: QS promet 57 millions $ pour augmenter le nombre de refuges

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Par La Presse Canadienne, 2026
Québec solidaire (QS) promet d'investir, 57 millions $ sur 3 ans pour aider les victimes de violences conjugales à retomber sur leurs pattes après avoir dû quitter un domicile violent.
Cette promesse survient alors que l'on décompte déjà cinq féminicides depuis le début de l'année.
Le parti a fait cette annonce dans le cadre du lancement de sa campagne à Chicoutimi en vue de l'élection partielle qui se tiendra dans cette circonscription le 23 février.
Les sommes seront consacrées à la construction de ce qu'on appelle des maisons d'hébergement d'urgence et de deuxième étape, qui assistent et logent les femmes à long terme.
Selon la co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal, cette somme est réclamée par les organismes et acteurs consultés sur les terrains, notamment par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
«Partout à travers le Québec, cette une demande nationale, a déclaré Mme Ghazal en entrevue avec La Presse Canadienne. L'objectif de ce financement, c'est de répondre aux besoins des femmes qui appellent à ces centres-là, mais qui ne trouvent pas de place pour elles.»
Dans son mémoire soumis à l'intention du gouvernement lors des consultations prébudgétaires en janvier 2025, le Regroupement évaluait le manque à gagner à 57,7 millions $ pour 2025-2026.
Toujours selon les données du Regroupement, c'est une femme sur deux qui se voit présentement refusée de l'hébergement en raison d'un manque de places disponibles pour les accueillir.
Mme Ghazal a relevé deux facteurs principaux qui contribuent à ces refus: le manque criant de maisons d'hébergements de deuxième étape et les barrières administratives qui compliquent la construction de nouvelle maison d'hébergement.
Par exemple, elle a souligné qu'à Saguenay, il n'existe pas de maisons d'hébergements de longue durée. L'établissement de ce type le plus proche se trouve dans l'arrondissement La Baie, donc il arrive souvent que les femmes étirent leur séjour dans des refuges d'urgence.
«Il n'existe pas assez de place dans les maisons de deuxième étape, et c'est ce qui fait que c'est engorgé dans les maisons de première étape», a expliqué Mme Ghazal.
Mais il ne suffit pas d'obtenir les sous nécessaires pour construire les maisons, encore faut-il obtenir les permis pour le faire.
Dans une lettre ouverte publiée au mois de novembre, l'Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victime de violence conjugale dénonçait des embûches administratives qui ralentissaient la sortie de terre de maisons d'hébergement.
L'Alliance fait état de dédoublement d'exigence entre les programmes fédéraux et provinciaux, de «charges administratives disproportionnées» et de «processus incohérents entre paliers gouvernementaux».
La co-porte-parole pose le même constat. «Pour sortir une maison de terre, c'est extrêmement lourd. Une chatte n'y trouverait pas ses petits», a affirmé Mme Ghazal.
Pour l'instant, a-t-elle expliqué, la seule façon possible d'obtenir un permis de construction pour des maisons d'hébergement, c'est de passer par la même voie que celle empruntée pour la construction de logements sociaux.
Or, les besoins et les normes et les coûts de construction sont loin d'être les mêmes. «Les maisons d'hébergement ne rentrent pas dans les cases très rigides de ces programmes-là», a indiqué Mme Ghazal.
«Les fenêtres ne peuvent pas être comme n'importe quelles autres fenêtres. Pour des raisons de sécurité, il faut qu'elles soient beaucoup plus épaisses. (...) Il faut qu'il y ait des espaces communs, des espaces d'intervention, des espaces de jeux pour les enfants, et il n'y a pas de programme dédié pour ça», a-t-elle fait valoir.
Mme Ghazal a interpellé le gouvernement du Québec pour qu'il intègre les sommes demandées par les maisons d'hébergement lors du prochain budget prévu au mois de mars.
La Presse Canadienne a envoyé une demande de commentaires à la ministre responsable de la Condition féminine, Caroline Proulx, mais n'a pas encore eu de réponse de sa part.
«57 millions $, ce n'est pas énorme dans le budget du Québec. On a un déficit historique, mais on ne peut pas vouloir faire des économies sur le dos des femmes, à cause des gaspillages que la CAQ a faits», a avancé Mme Ghazal.
Samira Ait Kaci Ali, La Presse Canadienne