Vladimir Poutine minimise les pénuries de carburant en Russie

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Par La Presse Canadienne, 2026
Malgré les graves pénuries de carburant qui touchent l’ensemble de la Russie, le président Vladimir Poutine ne semble pas s’inquiéter des attaques de plus en plus fréquentes menées par l’Ukraine contre les raffineries de pétrole de son pays.
Il a minimisé ce revers pour l’un des principaux pays producteurs de pétrole au monde en le qualifiant de «non critique», a rejeté les propositions de cessez-le-feu et a insisté sur le fait que la guerre se poursuivrait jusqu’à ce que ses objectifs soient atteints.
M. Poutine a décrit les attaques contre le secteur énergétique russe comme une tentative de l’Ukraine de détourner l’attention de ses pertes sur le champ de bataille, bien que les analystes estiment que l’avancée des forces russes ait été freinée ces derniers mois. Le dirigeant russe semble croire que son gouvernement peut empêcher la crise du carburant d’éroder son autorité et le soutien dont bénéficie la guerre qu’il a lancée il y a plus de quatre ans.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée russe a lancé un barrage massif de 11 heures sur la capitale ukrainienne, faisant au moins 30 morts. Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières contre Kyiv depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie.
Plus de 50 attaques ukrainiennes contre des raffineries de pétrole et d’autres installations énergétiques en Russie et en Crimée occupée ont été signalées depuis mars — une vague d’attaques qui, selon les dirigeants ukrainiens, vise à faire pression sur Moscou pour qu’elle mette fin à la guerre.
À tout le moins, ces attaques ont fait ressentir la guerre de manière encore plus poignante chez des millions de Russes, réduisant à néant le discours de M. Poutine selon lequel le conflit n’affecterait pas la vie des citoyens ordinaires de son pays.
Selon Chris Weafer, PDG du cabinet de conseil Macro-Advisory, environ un tiers de la capacité de raffinage de la Russie aurait été mise hors service. Ces attaques ont causé des dégâts durables dont la réparation sera coûteuse.
Malgré d’importants systèmes de défense aérienne protégeant la capitale russe, une raffinerie majeure de Moscou a été touchée à deux reprises. La deuxième frappe, le 18 juin, l’a incendiée, endommageant des équipements clés dont la réparation prendrait, selon certaines sources, jusqu’à la fin de l’année.
La production d’essence en Russie ayant baissé d’environ 17 % pour s’établir à 850 000 barils par jour, selon les statistiques gouvernementales, un rationnement a été instauré dans de nombreuses régions, et les automobilistes ont dû faire la queue pendant des heures pour faire le plein.
Afin de pallier la pénurie de carburant, le gouvernement a autorisé, jusqu’à la fin de l’année, la production d’essence de qualité inférieure à teneur en soufre plus élevée.
La Crimée, que la Russie a illégalement annexée à l’Ukraine en 2014, est confrontée aux pires pénuries de carburant. Les ventes d’essence aux particuliers y ont été périodiquement suspendues.
L’impact des frappes ukrainiennes minimisé
Vladimir Poutine a présidé une réunion de responsables gouvernementaux le week-end dernier pour discuter des pénuries de carburant.
Dans des déclarations télévisées, il a reconnu que le pays traversait une «période difficile». Il s’est engagé à accélérer la remise en état des installations énergétiques et a déclaré que la Russie envisagerait d’importer de l’essence pour aider à pallier ce qu’il a qualifié de pénurie «temporaire».
Il a également indiqué que l’industrie de l’armement russe allait augmenter la production de systèmes de défense aérienne afin de repousser de futures attaques ukrainiennes.
M. Poutine a présenté les frappes ukrainiennes comme une tentative visant à diviser la société russe, à mettre un terme à l’offensive de Moscou et à forcer le Kremlin à négocier «à des conditions avantageuses pour notre adversaire».
«Nous ne leur donnerons pas cette chance», a-t-il assuré.
Alors que Vladimir Poutine a affirmé que les frappes ukrainiennes à longue portée contre les installations pétrolières russes «n’ont absolument aucun effet sur la situation au front», les analystes militaires occidentaux estiment que les frappes à moyenne portée menées ces derniers mois contre l’armée russe ont entravé la logistique militaire et ralenti le rythme de son avancée, conduisant le champ de bataille à une impasse.
M. Poutine s’est rendu vendredi au quartier général militaire russe, qui dirige les opérations en Ukraine, afin d'y recevoir un compte rendu sur la prise de la ville de Kostiantynivka après des semaines d’intenses combats de rue.
Il a salué cette prise comme une étape décisive vers la conquête des villes voisines de Sloviansk et Kramatorsk, derniers bastions clés de la «ceinture forestière» – cet ensemble de villes fortement fortifiées de la région de Donetsk qui restent aux mains de l’Ukraine.
La prise de Kostiantynivka, un important pôle industriel et de transport, revêt une «importance stratégique majeure», a dit M. Poutine, vêtu d’un treillis militaire, lors d’une intervention télévisée.
Les autorités ukrainiennes n’ont pas immédiatement réagi à cette annonce russe. Plus tôt vendredi, l’état-major de l’armée ukrainienne avait indiqué avoir repoussé 24 assauts russes près de Kostiantynivka et d’autres localités.
Vladimir Poutine a également averti vendredi que «plus Kyiv lancera de frappes contre nos installations civiles, plus nous devrons créer une zone de sécurité étendue» en Ukraine.
Il a proféré une nouvelle menace à l’encontre des alliés occidentaux de l’Ukraine, affirmant que la Russie examinerait en détail leur « implication dans les hostilités », ajoutant que « nous aurons besoin de cette analyse pour prendre des décisions responsables à l’avenir ».
Rejet des propositions de cessez-le-feu
Le président russe a répondu à la proposition de rencontre du président ukrainien Volodymyr Zelensky en le mettant au défi de se rendre à Moscou, une proposition inenvisageable pour l’Ukraine.
Vladimir Poutine a rejeté la trêve proposée par Kyiv et ses alliés occidentaux. Il affirme que cela ne ferait que donner aux forces ukrainiennes le temps de se reposer et de se regrouper.
Il a subordonné tout cessez-le-feu au retrait de l’Ukraine de la partie de la région de Donetsk qu’elle contrôle encore, une exigence rejetée par l’Ukraine. M. Poutine a énoncé qu’un accord de paix définitif devait obliger l’Ukraine à renoncer à son projet d’adhésion à l’OTAN, à réduire ses effectifs militaires et à protéger la langue et la culture russes.
Dans l’entrevue accordée dimanche dernier, M. Poutine a affirmé que l’Ukraine avait proposé de limiter les combats aux quatre régions que la Russie a annexées, mais qu’elle n’a jamais entièrement conquises: Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia.
Il a expliqué avoir rejeté cette proposition, car elle permettrait aux forces ukrainiennes de se désengager d’autres zones où les troupes russes ont fait des percées et de se concentrer sur la défense contre les attaques russes dans les quatre régions du sud-est.
«Confrontées à une pénurie catastrophique d’effectifs, les forces armées ukrainiennes semblent croire que cela pourrait être leur salut, a commenté M. Poutine. Sauver le régime de Kyiv ne fait pas partie de nos plans.»
Le Kremlin a indiqué que cette offre avait été transmise par des voies confidentielles. Les responsables ukrainiens n’ont pas évoqué publiquement une telle proposition.
Vladimir Poutine a également rejeté une proposition ukrainienne visant à suspendre mutuellement les frappes menées en profondeur sur le territoire de l’autre partie. Les attaques russes menées en profondeur en Ukraine sont «bien plus puissantes, précises et, pour parler franchement, destructrices», a-t-il assuré.
Lors du barrage meurtrier de jeudi sur Kyiv, la Russie a une nouvelle fois frappé des zones résidentielles, alors même qu’elle affirmait viser des sites militaires. En revanche, la grande majorité des frappes ukrainiennes en Russie ont visé des installations pétrolières, des usines d’armement et d’autres cibles militaires.
Selon un décompte des Nations unies, plus de 16 000 civils ukrainiens ont trouvé la mort dans cette guerre.
The Associated Press