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17 décembre 2020 - 09:00

Lettre ouverte

Urgence d’agir ! Vers la création d’une ressource pour femmes en difficulté à Laval

Par Salle des nouvelles

Nous reproduisons ici l'intégrale d'une lettre ouverte signée par Sophie Gilbert, professeure au département de psychologie de l'UQAM et Marie-Eve Surprenant, coordonnatrice de la Table de concertation de Laval en  condition féminine (TCLCF).

« Comment tu veux que je trouve un travail, ou que j’aille à l’école, ou que j’atteigne mes  objectifs quand je sais même pas où je vais dormir demain? » (Esmeralda, femme en  difficulté) 

La pandémie, puissant révélateur de disparités sociales, a accru les besoins des  femmes « en difficulté ». L’arrivée imminente de l’hiver ajoute à la complexité  d’une situation déjà intenable, pour nombre d’entre elles. Ces femmes, qui cumulent  plusieurs difficultés (précarité financière, itinérance, répétition des violences subies souvent depuis l’enfance, consommation de substances psychoactives, etc.) se  heurtent régulièrement à des portes closes, qu’il s’agisse de ressources d’aide  débordées ou de proches dépassés. 

La crise de la COVID-19 constitue à la fois un révélateur des inégalités et un  laboratoire pour explorer des manières d’y pallier. Un site alternatif d’aide en  itinérance a ouvert ses portes le 4 décembre à Laval; des chambres y sont réservées  pour les femmes. Cette mesure temporaire, qui répond essentiellement à l’urgence  des besoins immédiats, ne peut toutefois remédier à l’absence d’une ressource stable  et plus extensive, à même de s’adapter aux différents profils et aux divers moments  des trajectoires des femmes en difficulté. 

Laval : une banlieue dorée ? 
Laval est la troisième ville la plus populeuse du Québec. Loin d’être la banlieue  dorée imaginée, les besoins des populations vulnérables y sont particulièrement  criants. Pourtant, cette ville de près de 450 000 habitant.e.s n’a pas de ressource  spécifiquement dédiée aux femmes en difficulté. Certes, la population en situation  d’itinérance peut compter sur le support d’un organisme local. Mais celui-ci ne peut  répondre à l’ampleur de la demande, et il accueille aussi bien les hommes que les  femmes, au risque que les Lavalloises en difficulté évitent le plus longtemps  possible de s’y présenter, par crainte pour leur sécurité… Une sécurité  paradoxalement mise en péril, toutefois, par leur recours alternatif à des lieux  hasardeux ou à des relations précaires les mettant à risque de répéter des situations  de violences. 

Agir et voir grand pour les femmes de Laval 
De fait, les Lavalloises en difficulté tombent régulièrement entre les mailles du filet  des ressources existantes, à moins qu’elles ne se moulent à l’offre de services  proposée. C’est le cas pour les ressources en violence conjugale, dont le mandat est  axé sur ce problème spécifique. Si diverses formes de violence conjugale ont pavé  le parcours de moult femmes en difficulté, reste que le cumul des problématiques  au moment où elles demandent de l’aide, de même que le temps écoulé depuis le  dernier épisode de violence (et avant le prochain!), viendront contrecarrer la  possibilité d’obtenir de l’aide d’organismes déjà débordés.  

Il nous apparaissait donc urgent de créer une ressource d’aide cohérente avec les  besoins des femmes en difficulté à Laval. C’est à cette tâche que se consacre depuis  trois ans le Comité Marie-Marguerite de la TCLCF (Table de concertation de Laval  en condition féminine, composée de groupes communautaires et institutionnels du  territoire), en partenariat avec une équipe de recherche multidisciplinaire de  l’UQAM dans le cadre du Service aux collectivités de l’Université. 

- Pour que les Lavalloises en difficulté ne soient plus confrontées à des refus  faute de ressources appropriées à Laval et par manque de place dans les  régions limitrophes; 

- Pour répondre à leurs besoins spécifiques, documentés dans une recherche dont le rapport a été lancé le 10 décembre ; 

- Pour leur fournir un lieu inclusif – sur le long terme – à même de s’adapter  à la diversité des femmes aux besoins les plus complexes et prégnants, les  plus à risque d’être écartées des ressources existantes. 

Des besoins… et des solutions! 
La création de la ressource temporaire, à laquelle nous avons participé, permettra de  répondre aux besoins qui se présentent dans l’urgence. Or, notre horizon demeure :  une ressource permanente adaptée aux femmes lavalloises en difficulté et à leurs  enfants, construite à partir de leur expérience singulière et de celle des intervenantes  du terrain. 

Il est fondamental, non seulement pendant la crise de la COVID-19 ou dans des  périodes comme celle des 12 jours d’action pour l’élimination des violences envers  les femmes (qui viennent de prendre fin), mais en tout temps, de poursuivre cet  essentiel travail de collaboration… pour ne laisser aucune femme, à l’arrière-plan. 

Ce n’est qu’un début!

Sophie Gilbert
Professeure, Département de psychologie - UQAM

Marie-Eve Surprenant
Coordonnatrice
Table de concertation de Laval en condition féminine (TCLCF)

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