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Projet de loi 23

Des manifestations hautes en couleur contre la réforme Drainville

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3 juin 2023
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Par La Presse Canadienne

Des syndicats se sont fait voir et entendre, vendredi, au deuxième jour des consultations publiques sur le projet de loi 23 réformant la gouvernance scolaire.

En matinée, des membres de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) vêtus de costumes d'époque se sont regroupés aux abords de l'Assemblée nationale au son de la musique de Bach. 

Ils ont distribué aux députés des tracts, roulés à la façon de parchemins, sur lesquels on accusait le ministre de l'Éducation, «Sa Majesté le roi Bernard Drainville», de vouloir s'approprier tous les pouvoirs pour mieux «régner». 

«Non à la monarchie!» pouvait-on lire sur certaines affiches qui étaient brandies par les protestataires. Une «action de visibilité» qui était nécessaire, de l'avis du vice-président de la FPSS-CSQ, Dominic Latouche.

«Il récupère tous les pouvoirs!, a-t-il dénoncé en entrevue. On voulait donner le pouvoir aux parents, là on revient en arrière, ça part d'en haut pour aller en bas, et ce n'est pas comme ça que ça devrait être en éducation.»

Un peu plus loin, devant le parlement, une centaine de membres de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) agitaient des bâtons fumigènes rouges en soufflant dans des trompettes.

La présidente de la FAE, Mélanie Hubert, a dénoncé devant ses troupes l'«écran de fumée» qu'est le projet de loi 23, selon elle. La FAE exige le retrait pur et simple de la pièce législative.

«Le ministre montre qu'il s'occupe des choses, qu'il met en place certains éléments, mais au final, il n'y a rien qui change sur le terrain. Il berne la population en faisant semblant de s'en occuper», a déclaré Mme Hubert.

Jeudi, l'entourage du premier ministre François Legault avait qualifié sur Twitter les groupes qui exprimaient des réserves sur le projet de loi de «forces de l'inertie».

M. Drainville avait promis en mêlée de presse de «résister à la résistance au changement».

Rappelons que l'étude du projet de loi 23 s'effectue dans un contexte de négociation d'une nouvelle convention collective pour le secteur public.

Prises de bec sur l'enseignement à distance

Le ministre a paru particulièrement irrité lors du passage en commission de la FAE. Son collègue de Beauce-Sud, Samuel Poulin, a même lancé: «À quand remonte la dernière fois que vous étiez contente d'une décision?»  

«Si être critique, c'est un problème en démocratie, je me demande où on s'en va», a riposté Mme Hubert.

Les esprits se sont échauffés lorsque M. Drainville a abordé, d'abord avec la FAE, puis avec la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la proposition visant à encadrer l'enseignement à distance.

Devant les réserves des syndicats, il a soumis qu'un enfant atteint de cancer, qui recevait des traitements de chimiothérapie à l'hôpital, pourrait bénéficier d'un tel service.

Le téléenseignement ne doit pas être utilisé pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre, a prévenu Mme Hubert, tandis que le président de la CSQ, Éric Gingras, accusait le ministre de prendre l'exemple le plus «frappant». 

«On devrait avoir dans la loi la possibilité d'enseigner aux enfants qui sont pris avec une école fermée parce qu'il y a eu une inondation, a insisté M. Drainville. On devrait tous être d'accord là-dessus!» 

«Devant le milieu syndical, je suis en mal de oui», a-t-il ajouté. «Travaillez davantage avec nous», a répliqué du tac au tac Line Camerlain, vice-présidente de la CSQ.

Le projet de loi 23 suscite des réactions mitigées depuis son dépôt le 4 mai dernier.  

S'il est adopté, il donnera au ministre de l'Éducation le pouvoir de nommer les directeurs généraux des centres de services scolaires, de casser leurs décisions ou de les limoger.

Le ministre pourra en outre encadrer la formation continue des enseignants, ce que dénoncent les syndicats, qui considèrent que la mesure est une attaque frontale à l'autonomie des profs. 

Par ailleurs, le projet de loi vise à améliorer l'accès aux données dans le réseau. 

Il créerait l'Institut national d'excellence en éducation, et transformerait le Conseil supérieur de l'éducation pour qu'il se penche uniquement sur l'enseignement supérieur.

La FAE et la CSQ ont toutes deux exprimé la crainte, vendredi, que l'institut ne soit pas réellement indépendant du fait que ses membres seront nommés par le gouvernement.

Les consultations particulières sur le projet de loi 23 se poursuivent la semaine prochaine.

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