Éducation
On pourrait prédire la performance scolaire au primaire dès la petite enfance
Des tests administrés dès la petite enfance pourraient permettre de prédire la performance scolaire de l'enfant au primaire, selon des chercheurs de l'Université Laval.
Ces tests mesurent notamment certaines habiletés cognitives, de même que les connaissances du langage et des nombres.
«Il y a des acquis à la petite enfance qui nous permettent de prédire assez bien ce qu'on va observer par la suite, à tout le moins jusqu'à la fin du primaire», a résumé le professeur Michel Boivin, de l'École de psychologie de l'Université Laval.
Ces résultats s'appuient sur la thèse de doctorat défendue il y a quelques années par Philippe Carpentier, sous la supervision de M. Boivin. Les chercheurs ont étudié deux cohortes totalisant plus de 2600 sujets, composées d'enfants qui participent à deux études longitudinales entreprises au milieu des années 1990. Les enfants de ces deux cohortes ont été rencontrés une première fois alors qu’ils étaient âgés, en moyenne, de 41 mois dans un cas et de 63 mois dans l’autre.
Les chercheurs ont utilisé des tests reconnus en psychologie pour évaluer, entre autres, la mémoire des enfants, leurs capacités visuospatiales et leurs connaissances relatives au langage et aux nombres.
Ils ont ensuite été en mesure de mettre en relation, pour chaque enfant, les résultats aux tests et le rendement scolaire de la première à la sixième année du primaire. Cela a mis en évidence le rôle central des connaissances des nombres et des acquis langagiers sur le rendement scolaire au primaire, surtout pendant les premières années, selon les chercheurs.
«La force de la prédiction est assez étonnante, a souligné M. Boivin. On peut prédire, à l'entrée en milieu scolaire, 50 pour cent des différences individuelles sur le plan du rendement scolaire. C'est ce rendement scolaire qui se répercute par la suite, et on a observé que c'était assez stable.»
Ces résultats ont de multiples implications. Ils rappellent ainsi, dans un premier temps, l’importance du développement cognitif pendant la petite enfance sur la réussite scolaire.
Ils pourraient aussi permettre un dépistage précoce des enfants qui risquent d’éprouver des difficultés au primaire, afin de leur offrir un encadrement plus personnalisé avant même l'entrée à l'école.
«On peut s'appuyer sur ces outils-là pour identifier ― pas avec certitude, on parle ici plus de risques ― certains enfants qui semblent présenter plus de défis sur le plan des connaissances et donc qui risquent d'avoir peut-être une trajectoire plus difficile au scolaire», a dit M. Boivin.
Cela étant dit, poursuit-il, «il ne faut pas tirer de conclusions complètes en disant que c'est déjà inscrit à la fin du préscolaire».
«La tendance lourde, c'est que la trajectoire est déjà inscrite à l'entrée en milieu scolaire, a-t-il ajouté. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir de changements, tout est possible.»
Il faut donc se méfier d'un éventuel «étiquetage» des enfants, positif ou négatif, en concluant trop rapidement qu'on ne peut pas en demander trop à celui-ci ou qu'on peut en attendre un peu plus de celui-là.
«Si on a des informations sur le risque, je pense qu'on serait bien mal avisés de dire qu'on ne va pas se préoccuper de cette question-là au cas où il pourrait y avoir un phénomène d'étiquetage ou de prophétie autoréalisée, a estimé M. Boivin. Je pense qu'on a avantage à prendre avantage de cette information-là et puis d'intervenir pour mieux préparer certains enfants à l'école.»
Cette étude pourrait aussi permettre de mieux comprendre quels facteurs font que certains enfants possèdent, dès la petite enfance, des acquis qui font défaut à d'autres. Il s'agit toutefois d'une «équation complexe», a prévenu M. Boivin, dans laquelle s'entrecroisent des facteurs familiaux, socio-économiques et peut-être même génétiques.
Une seule cause n'est pas en jeu, a-t-il dit, mais plutôt un ensemble de causes «qu'il faut mieux cerner (...) pour mieux intervenir».
«Il ne faut pas comprendre la forte association qu'on observe comme un reflet de, 'on ne peut rien faire», a conclu M. Boivin.« Au contraire, je pense qu'il faut s'attaquer à cette question-là. Tout est en jeu à la petite enfance, donc on peut intervenir adéquatement.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique PLOS One.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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