Santé
Bisphénol et pesticides sont détectés dans le lait maternel
Par La Presse Canadienne
Des contaminants chimiques, dont du bisphénol, utilisé dans la fabrication de plastique, ont été détectés dans des échantillons de lait maternel analysés à Montréal et à Pretoria en Afrique du Sud.
Une équipe interdisciplinaire, dont font partie des scientifiques de l’Université McGill, a découvert, à de faibles concentrations, les contaminants suivants dans du lait maternel: des pesticides, des antimicrobiens et du bisphénol.
«On a détecté plusieurs contaminants qui n’avaient jamais été détectés auparavant dans le lait maternel», a expliqué l’un des chercheurs, le professeur agrégé d’épidémiologie à l’Université McGill, Jonathan Chevrier.
Malgré ces découvertes, le lait maternel «continue d'être la meilleure source de nutrition pour les enfants», a tenu à rappeler le chercheur.
«On veut s'assurer que le fait que cette information-là devienne publique ne fasse pas en sorte que les femmes choisissent d'arrêter d'allaiter», a ajouté le professeur Chevrier, en précisant qu’on retrouve aussi différentes sortes de contaminants «dans le lait maternisé, dans l'eau et dans la nourriture, à de faibles concentrations».
L’étude visait à détecter la présence de tout résidu chimique inhabituel et n’avait pas pour objectif d’évaluer l’effet des substances sur la santé.
Il sera donc «très, très important», selon le chercheur Chevrier, de continuer les études pour comprendre l’impact de ces contaminants sur le lait maternel, même s’il est déjà connu que ces substances chimiques sont associées à des problèmes de santé.
Bisphénol
Selon l'une des parties de l'étude, publiée en novembre dernier dans la revue Environmental Research, les mères qui se nourrissaient d’aliments chauffés au four à micro-ondes «dans des récipients en plastique» étaient associées à une exposition plus élevée au bisphénol dans leur lait.
Chez les femmes d’Afrique du Sud, des concentrations de bisphénol A ont été détectées. Alors qu’à Montréal, seul le bisphénol S a été détecté.
L’utilisation du bisphénol A est restreinte au Canada, puisqu’il a été lié à des problèmes de fertilité, de développement précoce et de métabolisme. Son utilisation est carrément interdite dans les biberons.
Le bisphénol S, qui le remplace au Canada, est toutefois lui aussi un perturbateur endocrinien, à savoir un produit chimique dont l’effet imite celui des hormones humaines.
Toutefois, selon le chercheur Chevrier, rien n’indique que le bisphénol S (BPS) est plus sécuritaire que le bisphénol A (BPA).
«Dans la gestion des produits chimiques, on a souvent tendance à d'abord introduire un produit chimique et une fois qu'il y a certaines indications que ce produit peut être dangereux pour la santé, on le remplace par un autre produit pour lequel, souvent, on a moins d'informations.»
Mais le fait qu'on ait moins d'informations «ne veut pas nécessairement dire qu’il est plus sécuritaire».
Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, le professeur agrégé d’épidémiologie à l’Université McGill a ajouté qu’il y a «un nombre d'études qui ont démontré que le BPS est potentiellement aussi toxique, possiblement encore plus toxiques que le BPA».
Pesticides
Des composés utilisés dans des pesticides, comme le propanil, un herbicide utilisé en agriculture, ont été détectés en petite quantité dans le lait maternel.
Les pesticides sont associés à différentes maladies neurodégénératives.
«De façon générale, les résultats de l’étude nous rappellent l'importance, au niveau des politiques gouvernementales de santé, de réduire l'utilisation et l'exposition de ces produits-là le plus possible», a souligné Jonathan Chevrier.
Plusieurs autres contaminants ont été détectés, dont ceux-ci:
- Des produits chimiques antimicrobiens, comme l'acide 4-hydroxybenzoïque, le phtalate de bis et le phénylparabène, utilisés dans des savons, des désinfectants et des produits d’hygiène personnelle;
- Des additifs antioxydants (Irganox 1010 et BHT-COOH) couramment utilisés dans la fabrication de plastiques et de matériaux d’emballage.
Les scientifiques, dont les travaux ont été financés par l’Institut de recherche en santé du Canada, ont analysé 594 échantillons de lait maternel prélevés en 2018 et 2019 à Montréal, ainsi que dans le district de Vhembe et à Pretoria, en Afrique du Sud.
Les résultats de leurs analyses ont fait l’objet de cinq articles scientifiques.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne
