Combattre l’exclusion et la peur grâce à la gigue
Roulades, cris, soupirs, sauts, claques, silence et beaucoup d’émotions. Voilà ce que vous présente la compagnie de danse Maï(g)wenn et les Orteils, composée de deux jeunes «différents et marginalisés» et leur chorégraphe.
En 2008, la Lavalloise Maïgwenn Desbois, professeure de gigue contemporaine, a pris sous son aile Gabrielle Marion Rivard, jeune musicienne vivant avec le syndrome de Williams, lorsqu’elle a constaté que celle-ci «avait un sens du rythme incroyable, parfait pour danser la gigue».
C’est dans le cadre du projet Les Muses : Centre des arts de la scène, qui vise à combler un vide dans la formation artistique des personnes vivant une situation de handicap, que cette compagnie de danseurs unique a vu le jour.
Ensuite, en 2010, elle a rajouté Anthony Dolbec, artiste «exceptionnel», partenaire musical de Gabrielle et vivant avec le syndrome d’Asperger, à sa compagnie, formant ainsi Maï(g)wenn et les Orteils.
S’exprimer par la danse
Depuis 2010, les trois danseurs de gigue contemporaine ont monté deux créations, Dans ta tête et Six pieds sur terre.
«Dans ta tête, ça traite des peurs de chacun. Nous avons tous des phobies et des stratégies pour les vaincre afin de vivre notre vie. Notre approche était de voir comment chacun d’entre nous vit au travers de sa peur et de vaincre les stéréotypes par rapport aux gens vivant avec une déficience intellectuelle», explique Mme Desbois.
Six pieds sur terre, par contre, est une pièce un peu plus sensible et profonde. «Cette danse compte une histoire d’exclusion et de rejet. Il y a tellement de choses à l’intérieur de toi et tu es tanné et tu veux les exprimer, raconte Mme Marion Rivard
«Ce qui rend cette pièce particulière est que nous avons tous des solos de texte qui nous permettent de nous exprimer plus clairement. J’avais le goût de vraiment mettre notre message dans la face du monde», d’ajouter la chorégraphe.
Création par improvisation
Une particularité avec les danses de cette compagnie est que chaque chorégraphie part de l’improvisation, dans le but de réellement cerner les émotions des trois danseurs.
«Dans le cas de Six pieds sur terre, je savais que j’avais le goût de travailler exclusivement avec du piano. Alors, la première journée, j’amène la musique et la caméra. On a commencé ensuite par des entrevues où nous avons parlé de moments où on a vécu du rejet, explique Mme Desbois.
De là, on ressort des mots-clés qui vont former la base de certaines de nos gigues, et on continue à construire en improvisant à partir de là.»
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