Politique fédérale
Le coût économique des GES cinq fois plus élevé que prévu, selon Steven Guilbault
Le coût économique des émissions de gaz à effet de serre (GES) est près de cinq fois plus élevé qu'on ne le pensait auparavant, a déclaré mercredi le ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault.
Le ministre a déclaré aux participants d'une conférence sur le changement climatique à Ottawa que le gouvernement avait utilisé des connaissances scientifiques et des modèles économiques actualisés pour réviser la manière dont il évalue le coût du changement climatique pour les Canadiens.
Les nouveaux chiffres sont en cours d'élaboration depuis des mois, mais ils font suite à un récent rapport du directeur parlementaire du budget sur les coûts économiques du prix du carbone. Ce rapport ne mettait pas spécifiquement en équation le coût du prix du carbone et le coût du changement climatique lui-même.
«Les mises à jour du coût social du carbone montrent simplement que chaque tonne de gaz à effet de serre coûte plus cher à l'économie», a déclaré M. Guilbeault lors du Net Zero Leadership Summit.
Le coût social du carbone évalue l'impact financier de chaque tonne d'émissions sur tous les domaines, de la production alimentaire à la santé humaine, en passant par les factures de réparation en cas de catastrophe et même la valeur des propriétés.
L'idée est que l'augmentation des émissions contribue davantage au réchauffement de la planète, et que chaque augmentation des températures moyennes mondiales peut accroître le nombre et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes.
Il y a plus de sept ans, une analyse avait estimé que le coût serait d'environ 54 $ par tonne en 2020. M. Guilbeault a déclaré que le modèle actualisé suggère que ce chiffre est en fait plus proche de 247 $.
Cette année, il est encore plus élevé, à 261 $ par tonne d'émissions, et d'ici 2030, il atteindra 294 $.
«Arrêtez-vous un instant pour comprendre ce que cela signifie», a déclaré M. Guilbeault.
«Chaque tonne de carbone que nous réduisons cette année permet à la société dans son ensemble d'économiser 261 dollars, et nous parlons ici de réduction de mégatonnes, c'est-à-dire de millions de tonnes», a-t-il ajouté.
Entre 2005 - l'année utilisée par le Canada comme base pour ses objectifs d'émissions pour 2030 - et 2021, le Canada a éliminé 62 millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre. Si l'on se base sur le nouveau coût social du carbone, cela équivaut à une économie de près de 10 milliards $.
Toutefois, ce chiffre n'inclut pas une estimation du coût de l'élimination de ces 62 millions de tonnes. Le prix du carbone en 2021 était de 40 $ par tonne, et il passera à 170 $ par tonne en 2030.
L'année dernière, une analyse fédérale des réglementations visant à réduire les émissions produites par l'essence et le diesel a indiqué que le coût de cette politique était d'environ 151 $ par tonne.
En 2017, la Commission Écofiscale du Canada a évalué le coût de la subvention québécoise pour les véhicules électriques à environ 355 $ par tonne. La plupart des provinces et le gouvernement fédéral disposent désormais d'une forme ou d'une autre de subvention aux véhicules électriques.
D'ici à 2030, le Canada souhaite éliminer au moins 231 millions de tonnes supplémentaires. Cela permettrait d'économiser 68 milliards $ en termes d'émissions, mais il n'existe pas de comparaisons directes pour illustrer le coût d'un tel objectif.
Le Canada a mis en place des dizaines d'autres politiques visant à atteindre cet objectif, notamment l'élimination progressive de l'électricité produite à partir du charbon, le développement de l'électricité renouvelable, l'interdiction de la vente de voitures à essence et le plafonnement des émissions produites par l'industrie pétrolière et gazière.
L'analyse récente de la tarification du carbone réalisée par le directeur parlementaire du budget indique que les rabais climatiques accordés par le gouvernement sont supérieurs au coût direct de la tarification du carbone pour la plupart des familles, mais si l'on tient compte des coûts économiques, tels que la baisse des revenus ou les pertes d'emploi, de nombreuses familles pourraient avoir moins d'argent en 2030 qu'elles n'en auraient eu sans la tarification du carbone.
M. Guilbeault et d'autres ont critiqué ce rapport pour ne pas avoir explicité le fait que le changement climatique lui-même contribue aux pertes d'emploi et à la baisse des revenus.
L'analyse du coût social du carbone est réalisée de concert avec l'Agence américaine de protection de l'environnement, qui a publié ses valeurs provisoires l'année dernière, mais qui les examine encore avant de publier une version finale. Le Canada a publié ses chiffres définitifs mercredi.
Mia Rabson, La Presse Canadienne
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